MONTRÉAL - Après l'avoir bouqueté, mis en duel, puis récupéré, voilà que Léopold L. Foulem, pour sa 42e exposition solo, a décidé de réencadrer l'art. Tâche à la fois burlesque et profonde où, encore une fois, le beau, dans son sens noble, se confronte au kitch, avec une touche de rococo... Avec la noblesse de surprendre, une fois de plus.
Soupière clinquante à l'effigie du colonel Sanders, pivoines blanches sur fond jaune canari montées sur une soupière hexagonale, silhouettes suggestives présentées en récipient de style famille avec deux anses protubérantes... L'exposition Réencadrements, en montre jusqu'au 6 février à la Galerie Luz de Montréal, a de quoi faire perdre (encore) tous les repères. Certaines pièces sont si grotesques (dans le bon sens du terme) qu'elles ne peuvent empêcher de déclencher un fou rire chez celui les regardant.
Car Léopold L. Foulem franchit volontairement une autre limite, hormis celles du beau ou de l'art versus du non-art: est-ce que c'est «chic», ou pas? Et surtout, est-ce qu'on a envie de croire que ça peut l'être?
«En fait, ça prend de la foi lorsque l'on regarde les pièces», avoue Léopold L. Foulem sur un ton amusé.
Le céramiste convient qu'il joue beaucoup avec la question du goût et du beau. Encore plus pour Réencadrements, dans laquelle il parodie les luxueuses montures en or moulu de style rococo sur lesquelles reposaient les rares porcelaines orientales aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dans les pièces de Léopold L. Foulem, la monture sert non seulement de contour pour la porcelaine comme telle, mais la met aussi en perspective. Le «cadre» de métal sert alors à resserrer l'œuvre, ou inversement à décupler sa grandeur et sa forme réelles. Le clinquant de l'or est donc juxtaposé à des décalcomanies de fleurs, de gendarmes montés sur un cheval, ou de paysage oriental. Au rococo se mêle donc l'Art déco. C'est précisément entre les deux formes que l'art, purement et simplement, prend tout son sens.
«C'est important pour moi que ça ne ressemble pas à des œuvres d'art que l'on connaît, mais que les pièces deviennent en soi des œuvres d'art autonomes», explique Léopold L. Foulem.
Et le beau dans tout ça? Léopold L. Foulem répond de but en blanc qu'il n'en a pas grand-chose à faire, tout en confiant qu'il se fixe une limite: «Ce que je fais, ce n'est jamais pour le beau. Ce n'est pas dans la poursuite de la beauté. Ça peut ne pas être beau, mais il ne faut pas que ce soit laid non plus».
Car l'artiste choisit avec soin chaque chose qui composera une pièce d'exposition. Rien n'est laissé au hasard, assure-t-il, disant au passage qu'il a surtout le souci de révéler des œuvres avec des objets reconnaissables et qui traduiront parfaitement le sens de son message, ou plutôt du défi qu'il propose à l'amateur d'art.
Et dans le cas de Réencadrements, le plus grand défi est, d'une part, de se laisser porter par la céramique bizarrement ornementée et, d'autre part, de ne pas se laisser obnubiler par la monture de métal qui détourne l'attention du véritable but de l'œuvre.
Alors, chic ou pas? Peu importe. Léopold L. Foulem réussit, encore une fois, à nous entraîner dans son fabuleux délire de confrontation des valeurs. Et dans la confrontation, une nouvelle lecture de l'art et de la vie.
En bref... Léopold L. Foulem présentera une importante exposition solo, cet été, dans le sud de la France, dans le cadre de la XXIe Biennale de Vallauris - Création contemporaine et céramique. En tout, une trentaine d'œuvres de l'artiste, dont certaines de Réencadrements, seront en montre...
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