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2 septembre 2010
 
Chroniques
le vendredi 3 juillet, 2009
Après le départ du dalaï-lama...
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Pendant près d'un demi-siècle, le dalaï-lama a utilisé son autorité pour empêcher les Tibétains de mener une révolte ouverte contre la Chine. (Archives)

«Le dalaï-lama, c'est la non-violence incarnée et sans lui, il y aurait de la violence», a déclaré, il a quelques mois, Lhadon Tethong, directeur général d'Étudiants pour un Tibet Libre. À Pékin, l'auteur chinois Wang Lixiong a renchéri: «Si le dalaï-lama ne rentre pas au Tibet avant de mourir, nous assisterons à des émeutes généralisées dans les régions tibétaines de la Chine au moment de sa mort». Et il est probable qu'il meure bientôt.

Le mois prochain, le dalaï-lama aura 74 ans. L'année dernière, il a été hospitalisé trois fois. Il doit sûrement se dire qu'il renaîtra immédiatement après sa mort... Mais la recherche traditionnelle de l'enfant qui sera sa prochaine incarnation pourrait prendre plusieurs années. Et, d'ici à ce que cet enfant grandisse et devienne le prochain chef des Tibétains, il faudra encore plusieurs décennies. Les enjeux politiques sont de taille.

Le problème fondamental est que le rôle du dalaï-lama, conformément à la définition traditionnelle, comprend à la fois une autorité politique et religieuse. Il est rare que les questions religieuses appellent des réponses immédiates. Le bouddhisme tibétain s'est perpétué pendant plusieurs siècles, malgré la période de vide de 20 ans qui précède chaque fois l'accès à la plus haute fonction de leadership tibétain. En revanche, les décisions politiques doivent être prises rapidement. De sorte que la solution consiste peut-être à séparer les deux rôles.

Cela fait plusieurs années que le dalaï-lama envisage cette possibilité, mais elle est systématiquement rejetée par ses fervents disciples. Il a de nouveau soulevé cette question lors d'un congrès de la communauté tibétaine en exil, peu après les émeutes antichinoises qui se sont déroulées au Tibet l'an dernier (et qui ont provoqué une répression sanglante), expliquant que sa «voie du milieu», qui consiste à réclamer seulement l'autonomie du Tibet et non pas son indépendance en tant que pays, ne rencontrait pas de succès auprès des autorités de Pékin.

Il avait alors suggéré qu'il était peut-être temps qu'il se mette en retrait et qu'il laisse la jeune génération de chefs de la communauté tibétaine gérer cette délicate question comme ils l'entendent. Cette suggestion fut rejetée par le congrès, qui le réaffirma dans son rôle de chef politique du Tibet. On ne pouvait tout simplement pas imaginer un avenir sans lui.    

Pourtant, le dalaï-lama sait que cet avenir devra de toute façon exister. Il a donc préparé un film vidéo dans lequel il exhorte la communauté tibétaine en exil à s'ouvrir à la démocratie et à cesser de dépendre d'un chef politique qui est dans une large mesure (au risque de paraître irrespectueux) choisi au hasard. C'est peut-être valable sur le plan religieux, mais en ce qui concerne le monde matériel, c'est tout à fait insuffisant.

«Depuis 400 ou 500 ans, le dalaï-lama remplit la fonction de chef temporel et spirituel [du Tibet]. Bien que cela ait été utile, cette période est révolue», déclare-t-il dans la vidéo. «Aujourd'hui, la démocratie apparaît clairement au monde entier comme le meilleur système qui soit, malgré ses légers inconvénients. C'est pourquoi il est important que les Tibétains aussi évoluent avec le reste de la communauté internationale.»

Voilà une belle déclaration bien troussée, qui ne blesse la sensibilité religieuse de personne. Mais ce qu'il faut en comprendre, c'est que le leadership de la communauté tibétaine en exil doit cesser d'être incarné par le dalaï-lama. Il doit être confié à un premier ministre élu. Depuis 2001, une telle fonction existe. Néanmoins, jusqu'ici, son titulaire s'en est remis au dalaï-lama pour toutes les décisions importantes. Il faut que cela cesse. C'est le dalaï-lama lui-même qui le demande. Alors peut-être la tradition va effectivement changer.

Cette habile solution pour régler le problème de la succession aura toutefois des conséquences qui devraient inquiéter le gouvernement chinois. Un premier ministre tibétain élu uniquement par la communauté tibétaine en exil ne peut espérer jouir de l'autorité politique d'un «bouddha vivant» au Tibet.

Pendant près d'un demi-siècle, le dalaï-lama a utilisé cette autorité pour empêcher les Tibétains de mener une révolte ouverte contre la Chine. Il a toujours cherché à négocier l'autonomie du Tibet avec Pékin tout en décourageant les aspirations à une indépendance totale. Un premier ministre tibétain élu uniquement par la diaspora ne pourrait pas en faire autant, même s'il le voulait (et il ne le voudrait peut-être pas).

Bien sûr, la Chine n'a jamais apprécié les initiatives du dalaï-lama. Selon le style impérial classique, elle considère que l'amélioration du niveau de vie de ses sujets les ferait oublier leurs aspirations nationalistes. Quand il s'est avéré que les Tibétains ne les ont pas oubliées, comme en témoignent les violentes émeutes antichinoises qui ont éclaté à Lhassa l'an dernier, le gouvernement de Pékin a accusé des «agitateurs étrangers» et des «conspirateurs» comme le dalaï-lama, qu'il qualifie de «chacal habillé en moine».

De fait, cela fait plusieurs dizaines d'années que le chef spirituel tibétain donne des tranquillisants à la population tibétaine en se disant (certainement à juste titre) que le Tibet n'obtiendra pas son indépendance par la violence. Cependant, un grand nombre de Tibétains veulent tenter le coup. Autant dire que Pékin regrettera la disparition du dalaï-lama.

 
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