Certaines personnalités publiques qu'on ne connaît pas ont quand même parfois une réelle influence sur nous. Pour moi, Roméo LeBlanc aura été l'une de celles-là.
En effet, parmi les personnalités acadiennes que je n'ai pas vraiment connues, il est de loin celui qui m'a le plus impressionné et influencé.
Quand j'étais encore jeune et pas très politisé, j'entendais dire qu'il était journaliste; ensuite qu'il travaillait auprès d'hommes politiques influents. À mesure que sa carrière progressait, ma conscientisation politique s'opérait, et mon idéal prenait de l'ampleur.
Puis bientôt, ce fut la spirale: le voici député, ministre, sénateur, le voici gouverneur général. En plein le genre d'idéal qu'il me fallait! Je le suivais donc du coin de l'œil avec constance.
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Et plus je m'intéressais à la politique, plus j'avais le loisir de l'observer, via les médias et à travers la lentille des caméras. Et comme des milliers d'autres, j'ai vite constaté qu'il émanait de cet homme une cordialité toute simple, une bonhomie conviviale, une compassion même. Un humanisme vrai. Et tout cela me fut confirmé plus tard, à l'occasion de quelques brèves rencontres.
On sentait d'emblée que c'était un homme bon. Un authentique homme de bonne volonté. Même s'il a dû goûter, en toute légitimité, celui qui lui fut imparti par la vie, on pressentait qu'il n'était pas porté par une ambition agressive du pouvoir pour le pouvoir. Cette caractéristique est à ce point évidente que les témoignages de sympathie depuis son décès y ont tous plus ou moins fait allusion.
Tout le monde n'a que des éloges pour sa simplicité et sa gentillesse. On s'émeut de sa disponibilité, de sa capacité d'écouter et d'entendre, du fait qu'il était distingué, mais sans prétention, du fait qu'il était très près des gens, de leurs préoccupations, de leurs aspirations. Peu de personnalités politiques en Acadie ont suscité un tel élan de sympathie populaire à leur décès. Il se trouve toujours quelqu'un pour lancer un bémol dans les glaïeuls.
Avec Roméo LeBlanc, rien de tout cela: c'était un homme aimable et c'était un homme aimé.
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Il projetait une image ouverte et transparente de la politique. Tout à l'opposé des bonshommes de la Patente qui avaient jadis conclu – peut-être avec raison, qui sait! – que le devenir acadien devait obligatoirement passer par des magouilles secrètes pour l'avancement des meilleurs éléments, des meilleurs candidats Acadiens.
Par «meilleurs», j'entends ceux qui étaient sages et obéissants, pas nécessairement ceux qui étaient les plus compétents. Et par «sages et obéissants», j'entends: rouges et ambitieux.
Les Patenteux s'activaient donc, dans les coulisses, à cloner des Enfants de la Patente, en recrutant de jeunes intrigants reconnus bon teint et bien-pensants, prêts à sacrifier une part de liberté de pensée personnelle et à se draper de fausse modestie, officiellement pour être au service de l'Acadie, mais plus prosaïquement pour assouvir leur soif carriériste.
Roméo LeBlanc, en oeuvrant, lui, de manière ouverte, aura donné à l'Acadie une autre image de la liberté de pensée, et une image réelle de ce que peut être la vraie modestie, et une image plus démocratique et plus moderne de ce que peut être la politique. Mieux: de ce que peut être le pouvoir.
On lui doit l'expression publique d'une action politique pragmatique (qu'on pense aux pêcheries), basée sur l'authenticité, la sincérité et la transparence, et ça, c'est une contribution immense au devenir acadien.
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Le sénateur Jean-Maurice Simard, aussi conservateur qu'il puisse avoir été, tenait Roméo LeBlanc en très haute estime. Autant M. Simard abhorrait les faux jetons occupés à s'enrichir personnellement en faisant semblant de travailler pour l'Acadie, autant il appréciait le dévouement et l'honnêteté sans fard de M. LeBlanc.
J'ai été témoin à quelques reprises d'une collaboration très étroite entre ces deux hommes aux tempéraments si différents. Notamment, pour la sauvegarde de l'église de Barachois, au début des années 1980, alors qu'ils étaient tous deux ministres; et pour la tentative de relance du journal Le Matin, en 1988, alors qu'ils étaient tous deux devenus sénateurs.
Parfois, le conservateur avait besoin de la crédibilité du libéral. Et parfois, le libéral avait besoin de la poigne du conservateur. Mais ce qui primait pour eux, quand il était question de l'Acadie, c'était la mise en commun de valeurs partagées: la foi dans la communauté acadienne, l'engagement envers son mieux-être, le désir de son rayonnement.
Leur compréhension des enjeux transcendait les limites artificielles imposées par leurs allégeances respectives. Leurs divergences de vues politiques s'arrêtaient là où surgissait l'Acadie. Le sénateur Simard a souvent évoqué cela devant moi, contribuant ainsi à renforcer ma perception d'un Roméo LeBlanc généreux, transparent, ouvert, tout entier porté par sa patrie, l'Acadie.
Qu'il repose en paix, maintenant, il l'a bien mérité.













