Note: Cette chronique contient du l'anglais.
Parlons de la cérémonie d'ouverture des Djouzelimepix.
Quelques petites fleurs. J'ai bien aimé les aurores boréales, les baleines virtuelles qui nagent sous l'eau et crachent, sans oublier les majestueux British Columbian Douglas firs.
CHANSONS. On a eu droit au petit chaperon rouge qui travestit l’«Ô Canada» en toune pop comme si elle passait une audition à Canadian Idol. On a eu également l'hymne olympique magnifiquement ululé par une sorte de Juliette transie qui semble à la veille de se jeter en bas d'un balcon. Suit Garou qui veut chanter «un peu plus haut, un peu plus loin» de Ferland. On constate que c'est trop haut, en effet, et qu'il n'ira pas loin avec ça! Ça prendra, à la toute fin, k.d. lang, simple et authentique à souhait, pour saupoudrer un peu d'âme sur scène avec un psaume de Leonard Cohen.
FOLKLORE. Un subtil rappel de la légende de la chasse-galerie où on voit apparaître un diable violoneux, seul dans le canot, suspendu entre ciel et terre comme un peuple entre oui et non, tandis que des gigueux se font aller les steppettes au son d'une gang de violoneux punks, histoire de mélanger les genres. Ou de vouloir faire «inclusif»?
Parlant inclusif, les organisateurs ont vraiment joué la corde autochtone pour bien montrer au monde entier jusqu'à quel point le Canada est «inclusif», avec une vigoureuse prestation des Premières Nations hôtes habillées en plumes du dimanche de la tête aux pieds, et qui s'adressaient au monde en différentes langues amérindiennes. Une Pentecôte autochtone!
LAÏUS. Un aède dodu barbu émerge du sol pour réciter un poème opportunément intitulé «We are More». On est plusse. Plusse toute. Ce témoignage quasi évangélique ne sera pas le seul de la soirée. On a aussi droit au laïus du directeur général du COVAN, le comité organisateur des Djouzelimepix. Aussitôt terminé, aussitôt tombé dans le grand silence de l'éternité, le laïus. Idem pour ceux du président du Comité olympique international et de Madame Canada.
FLAMME. Elle fait son entrée, dans le stade couvert, on la passe de main en main à des célébrités, plantées debout comme des piquets, à attendre qu'émergent du sol les quatre pylônes d'une vasque temporaire en forme de feu de camp. On a senti l'éternité s'installer.
Aussitôt la vasque allumée, une voix sortie de nulle part ordonne à Wayne Gretzky d'aller porter son flambeau dehors. Va jouer dehors! Sans doute un clin d'œil à ParticipAction.
Un malheur n'arrivant jamais seul, il mouille à boire deboute. Voici donc The Great One, trempé a mari usque ad mare, droit dans une papamobile décapotable, grimaçant gentiment malgré tout et faisant des bebyes avec ses belles tites mitaines en laine rouge libéral qui foulent à vue d'oeil. Pubs de médicament antirhume de Gretsky à prévoir bientôt au petit écran.
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Un beau gros pot. Une évidence s'impose: les organisateurs ont «oublié» les francophones.
Vu qu'on faisait dans l'inclusif national, on aurait pu s'attendre à ce que le fait français soit célébré aussi. Mais non. Aucune allusion au fait acadien ou québécois, deux autres nations du Canada, composantes essentielles de la mosaïque canadienne, comme on disait il y a trente ans.
Même le poème de l'historien canadien-français François-Xavier Garneau sera lu en anglais!
L'ancien président du Sénégal et maintenant secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, présent à Vancouver, ne s'y est pas trompé et a déploré la partie congrue réservée au français à Vancouver. «Avec les Jeux au Canada, a-t-il déclaré, dans un pays officiellement bilingue, je me suis dit que ça allait être les feux d'artifice, que le pays allait avoir 20 sur 20. Mais je me trompais.»
Et, encourageant les personnalités francophones du monde entier à recourir à des coups d'éclat pour faire respecter le fait français dans les grandes institutions internationales, il ajoutait: «J'approuve ce genre de délinquance, cette intransigeance. C'est tolérance zéro.»
On ne saurait mieux dire.
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Il est sidérant de constater que les organisateurs de la cérémonie d'ouverture aient fait preuve de si peu de considération et de respect pour les francophones de ce pays. À part quelques «bienneviniou», le diable de la chasse-galerie, quelques steppettes de danse folklorique - encore le maudit folklore comme attestation de notre présent! -, et un Garou égarouillé, rien qui dit au monde la dimension française de la pluralité culturelle canadienne.
Pire: le président du COVAN, dans son laïus, n'a eu que deux mots anglais - pas trois, deux - pour évoquer la francité au Canada: «Francophone Canadians». Pas plusse.Certes, il a bien rajouté: «Vouze été paarrrmi voze mi. Ké lèsse pridjour vouze bite», à l'intention des athlètes. Mais je ne sais dans quelle langue. I'm lost in translation, baby!
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J'ai entendu bien des excuses pour expliquer l'absence de reconnaissance du fait français au Canada. Y compris de la part de francophones empressés d'expliquer que le mandarin est la deuxième langue à Vancouver, que ça se passe au Canada anglais, etc. On sait déjà tout ça.
Mais, sorry, honey, aux Jeux olympiques, que ce soit à Vancouver, à Pékin, ou à Londres, c'est le français qui prime, suivi de l'anglais, suivi de la langue locale. À plus forte raison, dans un pays qui se gargarise d'un bilinguisme d'État... anglais-français!
Alors, pourquoi, lors d'une cérémonie d'ouverture vue par des centaines de millions de personnes de par le monde, escamote-t-on avec une désinvolture aussi effarante l'existence d'un quart des habitants du pays hôte?
Outre l'ignorance, l'indifférence, l'insouciance, y a-t-il une explication qui ne logerait pas du côté du mépris?
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ENFER. Et comme si le ciel lui-même avait décidé de me faire damner, à peine la cérémonie d'ouverture terminée je tombe sur une pub de la Banque Royale du Canada, commanditaire du relais de la torche olympique, qui se conclut par cette déclaration lumineuse: «funny how a single flame can light up an entire nation».
You bet, Chose, qu'une flamme olympique qui nous ignore royalement, ça nous met le feu au cul!
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Quelle belle chronique... Encore une fois. Bravo, c'est super de pouvoir rire aux larmes et lire une chronique qui fait réfléchir en même temps. Chapeau à Rino, et merci !!!