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7 septembre 2010
 
Économie
le mardi 30 juin, 2009
Bernard Madoff condamné à 150 ans de prison
Portrait de associated_press
Par: Associated press Associated press
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Bernard Madoff est resté de marbre au prononcé de sa sentence, où plusieurs personnes flouées par le financier étaient aussi présentes. (Associated Press: Christine Cornell)

NEW YORK – Peine maximale pour Bernard Madoff. Le financier américain, âgé de 71 ans, a été condamné hier, à New York, à 150 ans de prison pour la gigantesque fraude de plusieurs milliards de dollars qu’il a reconnue avoir montée.

Le juge Denny Chin, qui a prononcé la sentence, a qualifié l’escroquerie de «renversante», soulignant qu’elle s’était étendue sur plus de 20 ans. La «violation de la confiance était massive», a-t-il insisté.

Un peu plus tôt, lors de l’audience devant un tribunal fédéral de New York, Madoff avait présenté des excuses à sa famille et aux victimes, déclarant qu’il vivrait «avec cette souffrance, ce tourment» pour le reste de sa vie.

L’ancien président du Nasdaq, devenu «l’escroc du siècle», avait plaidé coupable en mars et était incarcéré depuis. Ses avocats avaient demandé qu’il ne soit condamné qu’à 12 ans de prison, une peine suffisante selon eux, tandis que le ministère public réclamait la peine maximale. Le département fédéral de probation avait pour sa part recommandé 50 ans de prison.

L’annonce du verdict a été accueillie par des applaudissements dans la salle d’audience. Rejetant les appels à la clémence de la défense, le juge Chin a expliqué que la fraude massive commise par Madoff était si grande qu’il se devait d’envoyer un message à ceux qui pourraient être tentés de suivre son exemple ainsi qu’à ses victimes.

Qualifiant d’«extraordinairement mauvaises» les actions délictueuses de Madoff, il a souligné que «ce genre de manipulation du système n’est pas simplement un crime sans effusion de sang qui se déroule sur le papier, mais un crime dont le bilan est vertigineux».

Le juge a précisé que l’estimation selon laquelle les victimes avaient perdu 13 milliards $ US dans l’escroquerie était sous-évaluée car elle ne prenait pas en compte certaines sommes. Arrêté en décembre dernier, l’ancien gérant de fonds était accusé d’avoir monté une vaste fraude pyramidale, qu’il avait lui-même estimée à 50 milliards $ US alors que l’accusation l’avait évaluée à 64,8 milliards $ US.

De nombreux retraités, organisations caritatives, institutions juives ou rescapés de l’Holocauste figurent parmi les victimes de Madoff qui comptait également des célébrités dans sa clientèle, comme le cinéaste Steven Spielberg, l’acteur Kevin Bacon ou l’écrivain et Prix Nobel de la paix Elie Wiesel.

Avant l’annonce du verdict, Madoff, en costume sombre, chemise blanche et cravate, a écouté sans manifester d’émotion neuf témoins venus au tribunal raconter pendant près d’une heure comment il avait gâché leur vie. Certains ont pleuré tandis que d’autres ont parlé avec de la colère dans la voix.

«La vie est devenue un enfer, a témoigné Carla Hirshhorn. C’est comme faire un cauchemar et ne pas pouvoir se réveiller.»

«Il a volé aux riches, aux pauvres, et à ceux qui se trouvent entre les deux: il n’avait pas de valeurs», a déclaré Tom Fitzmaurice, autre victime du financier. Il a commis cette escroquerie «pour que lui et sa femme Ruth puissent mener une vie d’un luxe incroyable».

Lorsque le juge lui a demandé s’il avait quelque chose à dire, Bernard Madoff s’est levé et a parlé une dizaine de minutes. Il a fait plusieurs fois référence à la gigantesque fraude en parlant de «problème», d’«erreur de jugement» et d’«erreur tragique». Il a expliqué que lui-même et sa femme étaient tourmentés par cette affaire. Puis s’adressant aux victimes, il leur a dit être «désolé».

Volé sans remords

Avant l’annonce du verdict, la procureure Lisa Baroni avait estimé qu’il méritait la prison à vie parce qu’il avait «volé sans pitié et sans remords». Madoff avait déjà subi un coup sévère sur le plan financier: vendredi, le juge Chin avait rendu un ordre préliminaire de confiscation par lequel la justice se réserve le droit de réclamer au financier déchu jusqu’à 170 milliards $ US, une somme correspondant au montant total qui pourrait être lié à la gigantesque fraude, et non à l’argent volé ou perdu dans cette escroquerie.

Au terme de cette décision, Madoff doit renoncer à la totalité de ses biens et avoirs, à savoir ses propriétés immobilières, ses investissements, ses voitures et bateaux. Son épouse, Ruth Madoff, ne pourra conserver que 2,5 millions $ US sur les 80 millions $ US d’avoirs qu’elle revendiquait.

Mme Madoff, qui a souvent été la cible du mépris des victimes depuis l’arrestation de son mari, est sortie de son silence hier en rendant public un communiqué via son avocat dans lequel elle dit avoir été elle aussi trompée. «Je suis embarrassée et honteuse, affirme-t-elle. Comme tout le monde, je me sens trahie et désorientée. L’homme qui a commis cette fraude horrible n’est pas celui que j’ai connu pendant toutes ces années.»

 
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