On dit qu'en politique la perception, c'est la réalité. Si la perception populaire d'une annonce politique est favorable, c'est tout ce qui compte. Et évidemment dans le cas contraire, même si une décision est sensée et avantageuse pour les contribuables, elle peut être perçue négativement et représenter un poids politique handicapant pour un parti.
Dans un débat aussi complexe que la souveraineté énergétique, dont il est question dans le dossier de la vente d'Énergie NB (ÉNB), cette façon de communiquer des politiciens n'est pas très propice à faciliter la compréhension des contribuables sur les éléments cruciaux du dossier.
Peu d'informations détaillées ont été publiées ou dévoilées. Le gouvernement affirme, faites-nous confiance, c'est une bonne entente. L'opposition réplique, faites-nous confiance, comme gouvernement nous n'aurions jamais accepté cela...
Vendredi, le Telegraph Journal dévoilait que le gouvernement Lord, entre 2001 et 2004, avait payé 3,2 millions $ pour évaluer la valeur marchande de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau et de la centrale thermique de Coleson Cove. C'est tout ce que nous savons, de cette étude, mis à part le fait que la valeur marchande avait été établie à 4,1 milliards. À l'époque, le gouvernement Lord avait tellement craint que le public apprenne qu'on évaluait ÉNB en vue de la vendre, ou de se débarrasser de ses gros morceaux, que l'exercice avait été mené dans le plus grand secret et baptisé d'un nom de code, opération Cartwheel. Le gouvernement Lord avait vu juste: c'est une bombe politique.
Mais il reste que l'exercice cherchait à dénouer l'impasse de la dette énorme d'ÉNB. Finalement, comme un reportage de Radio-Canada Acadie nous le rappelait hier soir, c'est le contraire qu'on a fait. Le gouvernement a opté pour la réfection de Pointe Lepreau, enlisant davantage Énergie NB dans le déficit, et ce, après la réfection de Coleson Cove qui a été aussi une aventure coûteuse.
Dans la dizaine de jours suivant la signature du protocole d'entente sur la vente d'ÉNB, nous n'avons entendu personne se référer au bilan financier de la société pour juger soit de l'équité de la transaction envisagée, soit de la possibilité réelle que la société d'État puisse un jour être un levier efficace de notre développement économique.
Selon les déclarations du gouvernement Graham, il a fait appel, lui aussi, à des consultants spécialisés pour le guider dans la négociation du protocole d'entente avec le gouvernement Charest. Il serait utile, pour mieux saisir le dossier, de connaître les analyses et les conclusions de ces experts.
Sans donner de détails, le président d'Hydro-Québec assure à Radio-Canada Acadie que l'entente, qu'il ne compte pas changer, donnera aux consommateurs du Nouveau-Brunswick une plus grande stabilité des tarifs. Pourquoi? Parce que la production ne dépendra plus de centrales de production comme Coleson Cove, Dalhousie ou Belledune qui étaient assujetties à la volatilité des marchés du mazout et du charbon.
Depuis des années, ce journal a déploré en éditorial l'état financier d'Énergie NB qui nous semblait hors d'atteinte d'un redressement dans un avenir prévisible. Si nous avons salué le courage et l'audace de la transaction envisagée par le gouvernement Graham, c'est que la transaction débloque l'impasse dans laquelle se trouve Énergie NB depuis des décennies et qui s'est détériorée davantage depuis cinq ans. Pour le journal, il s'agissait d'être conséquent.
Est-ce que nous abandonnons notre autonomie de production d'électricité? Oui. Avons-nous les moyens de cette autonomie? L'histoire d'Énergie NB nous indique que non. En attendant qu'il soit démontré qu'il est possible de faire d'Énergie NB une société viable, nous continuerons de croire que la transaction avec Hydro-Québec est la seule issue responsable.
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