Il n'y a pas de doute, le débat engagé sur la vente d'Énergie NB (ÉNB) soulève les passions. Si aimer avec passion et travailler avec passion dénotent un engagement sans borne, il y a des moments dans la vie où il faut savoir la retenir.
En parcourant les commentaires de lecteurs de blogues et de nouvelles dans Internet à propos de la vente d'ÉNB, on en retrouve amplement qui sont animés davantage de passion que de raison. Rappelons que la passion c'est «une émotion puissante et continue qui domine la raison», selon le Petit Larousse.
Il nous semble que lorsqu'on entreprend un débat sur une question aussi vitale que l'avenir énergétique de la province, la raison doit dominer sur l'émotion. Nous devons aborder la question froidement. C'est d'autant plus important que les représentants élus par la population du Nouveau-Brunswick devraient être les premiers à user de raison pour débattre la question.
Hier, le chef de l'opposition officielle, David Alward, répliquait au discours du Trône à l'Assemblée législative. M. Alward a traité d'un seul sujet: la vente d'Énergie NB.
Nous convenons avec le chef de l'opposition officielle que la décision de vendre ou non la société d'État est d'une importance capitale. Nous convenons aussi qu'une fois que cette vente sera effectuée, il sera à peu près impossible de la racheter.
Là où nous éprouvons de la difficulté à suivre le raisonnement du chef de l'opposition, c'est dans sa dissection de l'entente surtout en ce qui a trait à l'analyse des profits qu'engrangera Hydro-Québec une fois à la barre d'ÉNB.
Le calcul que M. Alward a présenté à l'Assemblée législative est le suivant: au Québec, le tarif est de 6,87 cents du kilowattheure, contre 11,66 au Nouveau-Brunswick. Alors que les clients résidentiels d'ÉNB payeront pour leur consommation d'électricité 538 millions, pour le même volume d'électricité les Québécois payeront chez eux 344 millions. Jusque-là, c'est factuel. Mais M. Alward transforme ensuite cette différence de 240 millions en un profit pour Hydro-Québec. (La différence est en fait de 194 millions).
C'est un raisonnement qui ne tient pas la route pour une raison bien simple: lorsque ÉNB deviendra la propriété d'Hydro-Québec, elle devra continuer à produire de l'électricité avec les installations de production du Nouveau-Brunswick, et non celles du Québec. Puis M. Alward poursuit en extrapolant sur cinq ans ce «profit» pour affirmer que durant la période de gel des tarifs résidentiels, Hydro-Québec ferait des profits de 1,2 milliard $ sur le dos des consommateurs du Nouveau-Brunswick.
En fait, à raison d'une augmentation de 3 % par année comme c'est le cas actuellement, la même consommation que nous avons payée 538 millions nous coûtera 624 millions dans cinq ans, sans le protocole d'entente. Avec le gel de tarifs, dans cinq ans nous paierons toujours 538 millions. Nous économiserions 86 millions à la cinquième année, et 252 millions sur cinq ans.
La réplique au discours du Trône voudrait nous faire croire que le premier ministre est le monstre qui a signé un pacte avec le démon, Hydro-Québec.
Il est particulièrement désolant de voir ce genre de sophisme s'ingérer dans le débat sur l'avenir de l'énergie au Nouveau-Brunswick. Le rôle des élus, spécialement de ceux qui ont siégé au Cabinet des ministres comme l'a fait M. Alward sous la gouverne de M. Lord, c'est d'éclairer le débat grâce à une analyse fiable et crédible de la situation. À ce chapitre, M. Alward a failli à la tâche.
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