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11 mars 2010
 
Éditoriaux
le vendredi 6 novembre, 2009
Divergences et division
Par: Jean Saint-Cyr
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Il n'y a pas qu'au Nouveau-Brunswick où la vente d'Énergie NB alimente un débat qui déborde des considérations de la transaction envisagée par le gouvernement Graham avec le gouvernement Charest. Ici comme ailleurs, on débat de la notion de souveraineté, mais elle ne s'applique pas toujours à l'énergie; elle déborde aussi sur celle du Québec, qui, bien sûr, est évoquée sur le plan purement politique.

Étrangement, par contre, dans tous les commentaires qui ont été publiés à ce jour, aucun ne porte sur la production de l'énergie au Nouveau-Brunswick dans le contexte de l'économie de l'avenir où l'émission des gaz à effet de serre est à proscrire.

Puisque nous parlons de la production de l'énergie pour une distribution, entre autres, sur le marché américain, il faut retenir que la politique américaine de l'environnement a considérablement changé de cap depuis l'élection du président Barak Obama. Il semble de plus en plus probable qu'à moyen terme l'Amérique du Nord rejoindra les rangs des pays dont l'économie est régie par un système d'échange de droits de production de carbone. Sous ce régime, ceux qui augmentent leur production doivent payer pour le faire, alors que ceux qui réduisent la production de carbone reçoivent des crédits qu'ils peuvent revendre aux pollueurs.

Dans un tel contexte, Énergie NB (ÉNB) devrait payer pour acquérir des droits d'émission de gaz à effet de serre. Comme une bonne part de notre production d'électricité est générée par des centrales thermiques, les coûts de production d'ÉNB seraient ou seront exorbitants si elle doit payer les tarifs qui sont avancés pour la production d'une tonne de carbone.

La pression sera d'autant plus forte que pour calmer les sociétés productrices d'électricité de la Nouvelle-Angleterre qui crie à la concurrence déloyale d'Hydro-Québec, le gouvernement américain exigera que l'énergie achetée du Canada provienne de sources propres. L'hydroélectricité est l'une de celles-là, le nucléaire aussi, jusqu'à maintenant. Dans le cas d'ÉNB, il ne lui resterait que l'électricité de Pointe Lepreau à exporter.

Au cours de la dernière semaine, les opposants à la vente d'ÉNB se sont attardés principalement sur deux points: nous pourrions regretter à moyen ou à long terme la perte de notre souveraineté énergétique et rien ne garantit qu'après les cinq ans de gel des tarifs ils ne grimperont pas rapidement. Indépendamment des coûts associés à la production de l'énergie au Nouveau-Brunswick et de notre capacité de soutenir ces coûts, plusieurs pensent que le statu quo est l'option la plus sûre.

Chose certaine, le projet de vente d'Énergie NB est l'objet d'opinions très divergentes dans notre société. Il entraîne depuis une semaine un débat qui nous divise, parfumé à l'incertitude et l'inquiétude du lendemain de la vente qui, nous en convenons, sera irrévocable.

Deux questions fondamentales doivent être abordées et résolues. La première consiste à savoir si une population de trois quarts de million d'habitants peut à long terme soutenir de façon viable la production et la distribution de l'électricité au Nouveau-Brunswick. La deuxième porte sur le protocole d'entente, à savoir s'il comporte pour les contribuables et les consommateurs du Nouveau-Brunswick un net avantage à long terme par rapport au maintien de notre propriété de cette société d'État.

Si nous convenons qu'il faut approfondir notre connaissance du protocole d'entente pour évaluer l'avantage que nous en tirerions à long terme, nous demeurons convaincus qu'il est certainement trop tôt pour le condamner. Entre-temps, le journal s'affairera à débusquer les réponses auprès d'experts indépendants susceptibles de nous éclairer sur les tenants et aboutissants de la transaction.

 
 
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