Shawn Graham a réussi un premier objectif avec le dévoilement du Plan Nord de son gouvernement, soit de faire l'unanimité et d'éviter la controverse.
Le premier ministre était à Bas-Caraquet, samedi, pour dévoiler sa stratégie pour la moitié nord du Nouveau-Brunswick (de Grand-Sault à Miramichi). Il y a été chaudement applaudi.
Depuis, les uns après les autres, tous ceux qui s'intéressent au développement économique de la région n'ont eu que de bons mots à dire. Le Conseil économique, la Société de l'Acadie du N.-B., l'Association de l'industrie touristique et combien d'autres organismes ont rapidement joint leur voix au concert d'éloges des élus municipaux, entrepreneurs et intervenants de tous les milieux qui se sont fait entendre après l'annonce de samedi.
Le Plan Nord du gouvernement Graham est intéressant pour plusieurs raisons. Premièrement, l'objectif est clair, ambitieux et chiffré: 2700 nouveaux emplois d'ici 2013. Déjà, en étant aussi précis, il se distingue des autres plans de relance mis en place au cours des vingt dernières années.
Il se démarque aussi par sa façon de cibler les priorités. Au lieu d'arriver avec une enveloppe financière globale, puis de l'utiliser pour appuyer des projets épars, Fredericton précise à l'avance les objectifs qu'il souhaite atteindre et financer.
Chaque section du Plan Nord comporte un état de la situation dans un domaine (exemple: la fabrication modulaire, la foresterie, etc.), des buts et surtout les résultats qui devront avoir été atteints en 2013.
Il serait trop long de faire ici l'énumération de ce que contient cette stratégie. Précisons toutefois qu'elle comporte plusieurs idées innovatrices. Par exemple, pour la première fois, un gouvernement explore l'idée de zones exemptes d'impôts autour des ports majeurs pour attirer des investissements. Nous sommes loin d'un engagement ferme. Mais l'idée fait un peu de chemin, au point d'être écrite en toutes lettres dans un document gouvernemental. C'est un progrès.
Cela dit, un gros (pour ne pas dire énorme) point d'interrogation demeure. L'argent. Le gouvernement Graham évalue à 600 millions $ les mesures proposées. Plus d'un demi-milliard! Quand on sait combien chaque investissement gouvernemental dans le Nord peut chatouiller une certaine tranche de la population anglophone, il est difficile d'imaginer que l'argent sera au rendez-vous.
Déjà, le premier ministre Graham se fait vague sur cette question. Il affirme que les fonds seront puisés au sein des budgets déjà existants des ministères, et que le secteur privé devra faire sa part, de même qu'Ottawa.
On veut bien.
En effet, il est clair que si le secteur privé n'embarque pas, le plan de relance du Nord n'aura aucune chance d'être une réussite. De même, nous souhaitons de tout cœur que le fédéral embarque dans la danse et fasse sa part.
Mais si Shawn Graham attend après Stephen Harper pour relancer le Nord, il risque de devoir patienter très longtemps. Ottawa n'a pas l'habitude de croire dans les grandes initiatives du Nouveau-Brunswick.
À peine arrivé au pouvoir, le gouvernement Graham a demandé un chèque de 500 millions $ au grand frère fédéral pour mettre en branle l'autosuffisance. La requête a été ignorée. En 2005, le conservateur Bernard Lord n'avait pas été plus chanceux. Il avait présenté au gouvernement de Paul Martin une liste d'épicerie de 1,875 milliard $, intitulée Accélérer le pas vers un meilleur avenir. Elle a été rapidement rejetée.
L'histoire sera-t-elle différente avec le Plan Nord? Ça reste à voir.
Pour l'instant, tout ce que nous avons, c'est un plan de développement porteur d'espoir, et l'impression que Shawn Graham est maintenant en campagne électorale. Pour le reste, il faudra juger à partir des résultats.
Ces résultats viendront seulement si le Plan Nord est suivi de façon sérieuse, et que les investissements qui doivent l'accompagner sont au rendez-vous.
C'est loin d'être chose faite.
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