PORT-AU-PRINCE - Les experts redoutaient des risques d'épidémies jeudi en Haïti, neuf jours après le séisme dévastateur du 12 janvier qui a fait 200.000 morts, selon les estimations officielles. Alors que les Haïtiens enterraient leurs défunts par milliers, l'espoir de retrouver des survivants sous les décombres semble de plus en plus mince.
Deux nouvelles répliques du séisme ont secoué Port-au-Prince jeudi, mais aucun dégât n'était signalé dans l'immédiat. La première, survenue à 11h45 locales (16h45 GMT), avait une magnitude de 4,9, forçant les secouristes à tout abandonner, et la deuxième, quelques minutes plus tard, a été mesurée à 4,8. Au moins 51 répliques ont été enregistrées depuis le 12 janvier, dont la plus importante, mercredi, d'une magnitude de 5,9, a provoqué une nouvelle vague de panique dans la capitale dévastée.
La situation sanitaire était désastreuse à Port-au-Prince, où des victimes continuent à succomber à leurs blessures. Les hôpitaux, cliniques et dispensaires sont débordés, de nombreuses blessures non traitées s'infectent et les camps de fortune abritant des milliers de survivants pourraient favoriser l'apparition d'épidémies.
"Le prochain risque sanitaire, ce pourrait être des épidémies de diarrhées, des infections respiratoires et d'autres maladies parmi les centaines de milliers d'Haïtiens qui vivent dans des camps bondés avec des sanitaires médiocres ou inexistants", explique le Dr Greg Elder, un responsable de Médecins sans frontières.
Il a précisé que des patients mouraient de septicémie à cause de blessures infectées, et que des patients devaient attendre 10 à 12 jours pour pouvoir être pris en charge par certaines antennes de MSF sur place.
Le bilan est estimé à 200.000 morts, selon des chiffres du gouvernement haïtien relayées par la Commission européenne, dont 80.000 ont déjà été mis en terre dans des fosses communes. L'exécutif européen évalue désormais à deux millions le nombre de sans-abri, contre 1,5 million auparavant, dont 250.000 ont besoin d'une aide urgente.
L'ONU estime pour sa part que trois millions de personnes ont été affectées par le séisme. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), agence onusienne, au moins 500.000 personnes vivent dans 447 camps de fortune installés à Port-au-Prince. Seuls trois de ces camps disposent d'eau potable.
La France a perdu 22 ressortissants dans la catastrophe et restait sans nouvelle de 11 autres, selon le dernier bilan communiqué jeudi par le Quai d'Orsay. Depuis le 13 janvier, les autorités françaises ont évacué par voie aérienne 1.115 personnes, dont 683 Français et 391 Haïtiens.
Et un flot ininterrompu de cadavres est déversé chaque jour dans les fosses communes creusées à Titanyen, une colline à l'abandon au nord de Port-au-Prince. Pour la seule journée de mercredi, pas moins de 10.000 victimes du séisme y ont été enterrées.
Des ouvriers s'activent sur des pelleteuses pour recouvrir les corps de terre, à la va-vite, hommes, femmes, enfants. "J'ai vu tant et tant d'enfants. Je ne peux pas dormir la nuit et, quand je peux, c'est un cauchemar sans fin", raconte l'un des fossoyeurs, Foultone Fequiert, 38 ans, le visage recouvert par un T-shirt pour échapper à l'odeur omniprésente des cadavres.
De leur côté, les secouristes luttaient toujours jeudi pour les vivants, fouillant les décombres même si les chances de retrouver des survivants s'amenuisent. Mercredi, un enfant de cinq ans a été extrait des ruines de sa maison. L'oncle du petit garçon a raconté que des proches ont réussi à le dégager des gravats après une semaine de recherches, selon le Corps médical international, une organisation basée à Los Angeles qui a pris en charge l'enfant.
Par ailleurs, un charter transportant 106 enfants adoptés par des familles néerlandaises a décollé jeudi matin de Port-au-Prince en direction des Pays-Bas. Les formalités pour leur adoption avaient été accomplies avant le séisme.
Le calme régnait dans l'ensemble jeudi à Port-au-Prince, même si des pillages étaient signalés par endroits. Les soldats de l'ONU et les troupes américaines aident à sécuriser la distribution de l'aide dans la ville. Une flotille de bateaux emmenés par le navire hôpital américain "Comfort" est entrée dans le port de la capitale pour renforcer le dispositif d'aide aux Haïtiens.
Selon le général Douglas Fraser, chef du commandement sud américain qui gère l'aéroport, ce dernier peut gérer désormais 120 à 140 vols quotidiens, mais 1.400 sont encore sur liste d'attente.
L'hôpital de la Mission Baptiste, au sud de Port-au-Prince, a reçu de l'armée américaine des fournitures dont elle manquait cruellement, mais cette aide restait largement insuffisante, a précisé le directeur de l'établissement, John Angus. Il a demandé plus de médecins, de plâtres et de broches pour traiter les fractures.
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