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2 septembre 2010
 
Éditoriaux
le vendredi 13 novembre, 2009
Le souvenir transformé
Par: Jean Saint-Cyr
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Au lendemain du jour du Souvenir, force est de revoir la signification de ces cérémonies en tenant compte de la mission de combat du Canada en Afghanistan.

Depuis la Première Guerre mondiale, une centaine de milliers de citoyens canadiens engagés dans les Forces armées ont été tués, dont une centaine en Afghanistan.

S'agissant de la Grande Guerre, les historiens discutent encore du mérite, si on peut parler de mérite quand on parle de guerre, du déclenchement de ce massacre à grande échelle. Nous avons perdu un peu plus de 660 000 de nos grands-parents dans cette guerre. Ce que nous y avons gagné comme société reste encore flou.

Dans le cas de la Seconde Guerre mondiale, les motifs de notre engagement étaient un peu plus clairs: le dément qu'était Adolph Hitler étendait ses tentacules partout en Europe. Alliée à l'Italie et au Japon, l'Allemagne avait mis le feu aux poudres un peu partout sur la planète, soit en Europe, en Asie et en Afrique. Même en Amérique, les sous-marins allemands ont traversé l'Atlantique pour venir attaquer les convois maritimes en espérant couper les approvisionnements destinés aux troupes canadiennes et américaines déployées en Europe. Pour cette guerre, il est clair que le monde occidental était attaqué et qu'il avait décidé de se défendre.

Avec les années, et la disparition graduelle de la plupart des vété­rans des deux guerres mondiales, plus on avançait, moins il restait de citoyens pour qui le jour du Souvenir était lié à une époque où ils avaient été témoins des conflits armés qui ont marqué et transformé le XXe siècle.

En comparaison, les statistiques des victimes canadiennes de la guerre en Afghanistan sont presque dérisoires par rapport à celles des grandes guerres, bien qu'il n'y ait rien de dérisoire à la mort ne fusse que d'une personne. Ce ne sont plus des arrière-grands-parents ou des grands-parents dont nous nous souvenons avec déchirement depuis six ans, mais bien d'enfants, de frères et de sœurs, de cousins et de cousines ou d'amis.

Il n'y a pas que les statistiques qui soient très différentes entre la guerre en Afghanistan et les grandes guerres du dernier siècle. Les motifs et les circonstances le sont tout autant.

Du point de vue des Afghans, ce sont nous les agresseurs. Rappelons-nous comment la présence occidentale en terre afghane s'est développée. L'aviation américaine, un bon matin de 2002, a couvert d'innombrables chapelets de bombes le territoire afghan où était soupçonnée la présence de cellules d'al-Qaïda. On voulait écraser le terrorisme responsable des attaques du 11 septembre. Très peu de terroristes ont été tués ou retrouvés durant cette première vague d'attaques américaines.

Le souvenir des 136 militaires canadiens tués est d'autant plus déchirant que les motifs et surtout les résultats de notre présence en cette terre hostile sont discutables. De la chasse aux terroristes, le motif s'est transformé en mission de mise en œuvre de la démocratie dans un pays qui ne l'avait pas connue. Si les motifs étaient nobles, les résultats sont affligeants. Et ce n'est pas faute d'avoir des soldats bien formés, compétents et habiles. Notre présence en terre afghane n'a pas été sollicitée par les Afghans, mais par les Américains. Si les résultats sont affligeants, c'est dû aux décisions politiques qui ont maladroitement initié le processus de démocratisation de l'Afghanistan.

Autant les motifs de l'engagement des troupes canadiennes en Europe étaient clairs en 1941 pour les Canadiens, autant ceux de la guerre en Afghanistan demeurent une source de confusion. Avant de poursuivre notre engagement au-delà de 2011, il faut se demander si nous avons des chances réalistes de succès avant de demander à davantage de jeunes soldats d'y risquer leur vie.

 
 
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