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2 septembre 2010
 
Opinions
le samedi 6 février, 2010
La critique littéraire: pas un barème absolu
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Le jeudi 19 novembre, le chroniqueur de L'Acadie NOUVELLE, Claude Le Bouthillier, lançait un débat sur la critique littéraire en Acadie qui a suscité de vives réactions, comme on pouvait s'y attendre. À mon avis, un tel débat est désirable, voire nécessaire, et, tout du moins en principe, les effets se doivent d'être positifs.

Dans ce contexte, il y a une vérité à reconnaître et à ne pas oublier: il existe des domaines d'activité physique, intellectuelle ou spirituelle à prédominance subjective, où les perceptions et les opinions sont infailliblement teintées de couleurs personnelles et, conséquemment, uniques. S'il existe un domaine subjectif d'activité humaine, c'est bien l'expression artistique, dont fait partie la littérature. Aussi divergents qu'ils puissent être, tous les jugements que notre passion nous pousse à porter sur une œuvre artisti­que quelconque sont toujours bons... pour quelqu'un.

La critique de l'art n'échappe pas à cette loi. Certaines personnes sont formées à ce genre d'analyse et à l'expression

des constatations qu'elles en déduisent, mais leurs jugements, tout «éclairés» soient-ils, de­meurent toujours subjectifs et le lecteur aurait tout intérêt à en être conscient. Au cours des ans, mes lectures en analyse et en critique littéraire m'ont révélé qu'il est facile pour un «spécialiste» du domaine d'afficher une si grande confiance dans son propre jugement qu'il le propose comme valeur absolue ou comme barème incontournable de perception. Il y en a même, peu nombreux, heureusement, qui ont pu pousser le snobisme jusqu'à glorifier et à protéger l'exclusivité d'un cercle hermétique d'auteurs ou d'artistes qui adhéraient au concept d'un art autodesservant, en proclamant universelles les valeurs subjectives qu'ils y avaient décelées.

Une personne doit pouvoir adhérer ou ne pas adhérer aux jugements des «spécialistes» en art ou en critique d'art sans que cela n'affecte son intégrité et sans que ses goûts artistiques ne soient pour autant moins dignes de respect.

En s'exprimant sur un thème qui relève du domaine subjectif, il serait sage de s'assurer que la formulation de son opinion ne porte pas atteinte aux personnes qui ont une perception différente de cette même réalité. Il faut surtout éviter de donner l'impression que l'on détient le monopole de la vérité et que tous ceux qui ne pensent pas comme soi sont considérés comme ignares ou erronés dans leur jugement.

Cela dit, je trouve, moi aussi, que dans le domaine des arts et de la littérature, il existe en Acadie des pensées convergentes qui dédaignent systématiquement les œuvres dites «populaires» au profit de celles qui s'adressent plus précisément à l'intelligentsia. Là encore, on doit respecter le choix et l'opinion de ces adeptes, aussi longtemps qu'ils ne s'avisent pas de dénigrer ceux qui pensent autrement.

Personnellement, je préfère laisser au lectorat le dernier mot quant à savoir ce qui rejoint le mieux leurs goûts, leurs valeurs. Une littérature qui n'est pas au service de l'ensemble de la collectivité ou à laquelle elle ne peut pas s'identifier est vouée à circuler en vase clos, dans les confins de sa tour d'ivoire. Sa beauté peut être incontestable, mais si elle ne peut être perçue que par une minorité formée à la même école, sa contribution à l'épanouissement de l'ensemble de l'humanité risque d'être négligeable.

CYRILLE SIPPLEY

Saint-Louis-de-Kent

 
 
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