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2 septembre 2010
 
Opinions
le samedi 6 février, 2010
Une analyse surprenante
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Antonine Maillet a pris les rênes de la campagne de financement du comité Égalité santé en français. (Archives)

Antonine Maillet y allait d'une analyse surprenante en commentant la contestation judiciaire dans le domaine de la santé sur les ondes de Radio-Canada le 1er février. Prenant les rênes de la campagne de financement du comité Égalité santé en français, elle enjoint la communauté acadienne à s'engager dans cette bataille juridique, qui, selon elle, «est un rendez-vous aussi important que la création de l'Université de Moncton et de l'élection du gouvernement de Louis Robichaud». Baisser les bras maintenant nous conduirait à un «recul de 100 ans». Et puis elle enfonce le clou en avertissant que la communauté est «sur le bord d'un génocide». Même pour Pélagie, il y a des limites à charrier!

J'en suis triste pour cette grande dame que j'estime beaucoup, et qui a tellement fait pour redonner à l'Acadie les mots pour assumer sa différence et retrouver sa fierté. On est moins tenté d'être indulgent envers ceux qui ont voulu la mettre au service d'une cause qui tourne à vide depuis longtemps.

Au risque de paraître ingrat, la question se pose: y a-t-il matière à scandale en parlant de génocide?  Le premier réflexe, c'est de relativiser en n'y voyant qu'une intervention un peu maladroite.  Admettons aussi que cette réforme ne retient pas beaucoup les manchettes au Québec. Peut-être a-t-elle tout simplement voulu forcer le trait pour fouetter ses troupes.

Voilà maintenant une semaine depuis sa sortie. Aucun examen critique de ces déclarations par les médias ni le moindre tollé. Alors, vous me permettrez de prendre la plume pour y mettre mon grain de sel.

Malgré toutes les précautions oratoires qu'elle a employées pour expliquer ses déclarations à Abbé Lanteigne, le simple fait d'évoquer le mot «génocide» dans ce contexte est un raccourci inexplicable de la bouche de quelqu'un qui connaît mieux que quiconque le sens des mots.

Le constitutionnaliste d'Égalité santé en français, Me Doucet, pourrait sans doute éclairer ses collègues sur le sens très précis du terme génocide: une entreprise planifiée d'annihilation d'un peuple.  Cela s'appelle le Darfour, le Rwanda, le Cambodge, l'Holocauste et oui, selon certains historiens, peut-être même la déportation acadienne.  Qu'il existe des gens, même parmi les plus estimables, prêts à amalgamer une réforme essentiellement administrative en matière de santé à des chambres à gaz, des tueries systématiques et des massacres de masse, me paraît inadmissible.

Disons les choses honnêtement: cette réforme est contestée non pas parce qu'elle met en cause l'avenir de notre communauté et encore moins «notre capacité d'être soignés dans notre langue», mais bien parce qu'elle incommode un petit groupe qui voit ses acquis menacés et qui voudrait bien protéger son fief administratif ici, à Moncton.  Et voilà pourquoi ils mettent leurs gros sous dans ce duel et mobilisent tout ce que l'Acadie compte de sommités pour combattre la réforme.

Je n'ai ni la compétence ni l'intérêt de me prononcer sur les aspects juridiques de la réforme Murphy ou sur la façon dont elle a été menée.  Mais il est utile de rappeler qu'elle visait des objectifs qui devraient faire unanimité: axer le système sur les besoins des patients, mettre fin aux guerres de clochers entre les régies régionales et s'attaquer à la lourdeur administrative du système, dans lequel, il faut le rappeler, on engloutit des milliards chaque année, et à un rythme sans cesse croissant. Prétendre, comme l'a fait Mme Maillet, qu'il y a là le risque d'un recul de 100 ans ne résiste pas à une analyse la plus élémentaire du dossier.

On parle toujours de revaloriser l'éducation dans son sens le plus large dans une optique de développement à long terme et c'est très bien. La triste réalité, c'est que la santé ne cesse de gruger la part des investissements qui devrait aller à l'éducation et atteindra probablement la moitié du budget provincial dans un avenir rapproché. Avec le retour des déficits chroniques et les lendemains difficiles qui nous attendent, l'urgence d'agir est plus pressante que jamais.

Mais il y a plus. Au-delà des raisons proprement économiques, une communauté comme la nôtre, si elle était réellement soucieuse de son avenir, devrait mettre l'éducation au centre de ses préoccupations et faire d'un réinvestissement massif dans ce secteur sa priorité absolue, ce qui suppose forcément une gestion plus efficace de celles qui sont déployées en santé.

De grâce, épargnons-nous les comparaisons odieuses avec le génocide et méfions-nous des discours alarmistes de ceux qui voudraient monter en épingle ce combat d'arrière-garde, et qui en dit davantage sur l'entêtement de ses porte-parole que sur les véritables enjeux auxquels fait face la communauté acadienne.

NATHANAËL S. RICHARD

Moncton

 
 
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